IRLANDE : Réferendum
DUBLIN (AFP) — Partisans et opposants irlandais au traité de Lisbonne ont jeté leurs dernières forces dans la bataille mardi, le Premier ministre Brian Cowen prévenant qu'une victoire du "non" lors du référendum de jeudi donnerait un "coup d'arrêt" à la construction européenne.
"Les générations futures ne nous remercieront pas si nous sommes ceux qui donnons un coup d'arrêt à une Union européenne qui a été la plus grande force de paix et de prospérité de notre histoire et de l'histoire de l'Europe", a affirmé M. Cowen lors d'une conférence de presse au dernier jour de la campagne officielle, alors que les derniers sondages ont révélé une poussée des opposants au traité.
"Dans un environnement mondial toujours plus compétitif, il est impératif de ne pas donner l'impression que nous tournons le dos à l'Europe", a ajouté le chef du gouvernement, rappelant que la croissance économique dont a bénéficié l'Irlande depuis une décennie est largement due aux aides européennes.
La campagne référendaire se terminait officiellement mardi, avant le traditionnel "blackout" respecté par médias et partis politiques à la veille des scrutins en Irlande.
L'Irlande est le seul des 27 pays de l'UE à être tenu, par sa Constitution, à organiser un scrutin pour ratifier le traité européen. Les autres nations ont choisi une ratification parlementaire et 15 capitales sur 27 ont déjà ratifié le texte.
Un sondage publié vendredi avait provoqué un vent de panique en Irlande et dans le reste de l'Union européenne, en donnant pour la première fois le "non" en tête (35% contre 30% au "oui"). Un ultime sondage publié dimanche donnait une courte avance au "oui", mais le grand nombre d'indécis (un Irlandais sur cinq) et la volatilité de l'électorat rendent tout pronostic hasardeux.
Faisant allusion à la campagne de peur menée selon lui par le camp du non, M. Cowen a réaffirmé mardi qu'un rejet du traité de Lisbonne affaiblirait l'influence de l'Irlande en Europe "à cause d'arguments peu clairs, défensifs et négatifs".
Signe d'une nervosité croissante du gouvernement irlandais, alors que ses 26 partenaires européens croisent les doigts de plus en plus fort à l'approche du référendum, les trois principaux partis politiques irlandais s'étaient assis autour de la même table lundi pour plaider ensemble en faveur du oui.
De leur côté, les "nonistes" irlandais ont eux aussi donné une dernière fois de la voix mardi contre ce traité qu'ils jugent dangereux et dont ils exigent la renégociation.
"Je pense vraiment que ce traité peut être amélioré", a expliqué lors d'un point de presse Declan Ganley, l'homme d'affaires multimillionaire devenu le véritable porte-flambeau des partisans du "non", au côté du petit parti Sinn Fein (4 députés sur 166).
M. Ganley a expliqué avoir acheté un billet d'avion Dublin-Bruxelles à M. Cowen pour lui permettre d'aller à Bruxelles dès vendredi afin de renégocier le traité de Lisbonne, en cas de victoire du non.
"Nous avons le même débat que les Français et les Néerlandais", qui avaient rejeté le projet de Constitution lors de référendums en 2005, selon lui.
"Ce traité est la Constitution européenne avec une nouvelle couverture, pourquoi devrions-nous dire oui à un texte que des dizaines de millions de personnes ont déjà rejeté", a-t-il demandé.
La montée en puissance des nonistes fait craindre aux dirigeants européens une réédition en 2008 du choc de 2001, lorsque les Irlandais avaient rejeté le traité de Nice lors d'un référendum. Ils avaient finalement approuvé le texte, dûment amendé pour répondre à leurs craintes, un an plus tard.