L'armée Française aujourd'hui

Le recrutement dans l’Armée de terre :
force et faiblesse d’une armée professionnelle
publié le samedi 23 août 2008

Depuis 1996, le service militaire a été abandonné en France, à l’image de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, au profit d’une armée de métier. Il a été cependant jugé préférable de qualifier cette armée par la dénomination de « professionnelle » plutôt que « de métier ».

Général (cr) Henri PARIS

Il s’agissait, en effet, d’écarter un rapprochement avec l’épithète de mercenaire, jugée péjorative à juste raison, accolée au terme de soldat de métier. La France renonçait ainsi à l’armée de conscription, pratique vieille de deux siècles, instaurée par la réquisition décrétée par la Convention en 1793 et confirmée par la loi Jourdan en 1798. Si le système de la conscription s’est révélé plus clairement en crise qu’auparavant dans les années 1980 et 1990, celui de l’armée professionnelle, notamment au niveau du recrutement, doit surmonter bien des imperfections, laissant craindre le développement également d’une crise qui se fait sentir d’ores et déjà en 2007.

Cette crise, peut-être moins amplifiée que celle de la défunte conscription, est occultée par deux facteurs. En premier lieu, l’armée française n’est engagée que dans des opérations extérieures qui, bien que multiples, ne nécessitent, chaque fois, qu’une faible mobilisation numérique de forces armées, compte tenu de leur volume global. Il n’a jamais été envisagé de projeter plus de 50.000 hommes en tout état de cause et jusqu’en 2007, n’ont été engagés en opération extérieure, jamais plus de 15.000 hommes au total pour les trois armées. Le commandement, non sans difficulté, peut toujours faire face. Par ailleurs d’autres problèmes viennent en exergue pour occuper la première place dans les préoccupations aussi bien des responsables que de l’opinion publique quand elle s’intéresse aux armées. Par exemple, un défaut dans le maintien en condition opérationnelle des matériels amène l’indisponibilité d’une partie notable des forces. En second lieu, le commandement, notamment celui de l’armée de terre qui a en charge le recrutement le plus important par définition, répugne à alerter une opinion publique qu’il a fallu convaincre du bien-fondé de la professionnalisation des armées. Or, une fraction non négligeable du personnel de commandement a accepté, voire prôné cette professionnalisation, ou s’y est rallié pour la majorité, faute de mieux. Se dédire est toujours difficile et préjudiciable, de même, de même qu’il est malaisé de décrier l’instrument que l’on sert. L’habitude de la discipline joue son rôle également et tait la critique.

Les symptômes d’une crise du recrutement de l’armée professionnelle demandent à être examinés de près, en premier lieu de les constater avec précision et d’en déterminer l’objet et la cause, opération préalable à toute recherche d’amendement, voire de solution. L’approche préliminaire, cependant, passe par un rappel rapide des différents modes de recrutement des armées en insistant sur leurs inconvénients et avantages.

Les modalités de recrutement des armées

Donnée immuable, toujours valable et vérifiée depuis qu’il existe une histoire écrite le volume d’une force armée est fonction de la démographie d’un Etat ainsi que de sa capacité économique et technologique à doter la force armée recrutée d’un armement et d’un équipement adéquat. Cette donnée interfère avec la recherche d’une supériorité numérique que tout commandement souhaite développer. Très naturellement, l’occurrence d’un affrontement armé présente une variable primordiale dans le recrutement. Arrivent en seconde position, en tant que paramètres influant sur le volume et les modalités de recrutement de la force armée, le degré culturel et le contenu politique dans l’ensemble sociétal d’un Etat.

Les différents paramètres ont une valeur universelle en ce sens que leur combinaison produit le même effet quel que soit l’Etat. C’est ainsi que se distinguent historiquement des phases bien définies, communes aux armées de plusieurs pays, voire de tous les pays avec le phénomène d’une mondialisation croissante, en œuvre depuis plusieurs siècles, mais accéléré au XXIème siècle.

La cité antique, notamment grecque et romaine, ne connaissait pas d’armée permanente. Le recrutement de la force armée était réalisé en fonction du besoin et ne concernait que les citoyens, pas les esclaves. En effet, le citoyen était réputé avait un objet à défendre, matériel et spirituel. Dans le cas contraire, il était un mauvais combattant, même une charge. Bien plus, contraindre une personne servile à se battre pour une cause qui ne la concerne pas, était considéré dans le monde antique comme immoral, en dehors d’être contre-productif. Le citoyen-soldat s’armait à ses frais, en fonction donc de sa fortune. Les plus riches étaient donc des cavaliers ou conduisaient un char. Les autres étaient fantassins. La désignation du commandement était confiée à l’élection. Ce concept a de l’importance, car à peine modifié, il se retrouve dans le recrutement de la Garde nationale créée par la Révolution française. Le recrutement de cette garde ne s’adressait qu’à des citoyens payant un impôt, avec un seuil fixé, un cens. Et le garde national s’équipait à ses frais, comme il élisait ses chefs. La trace du concept se retrouve encore au XXIème siècle dans la plupart des législations nationales prescrivant que le militaire doit être de la nationalité dont relève la force armée. Cependant, très tôt, dès que la guerre cesse de se résumer à la défense de la Cité, apparaît le mercenariat.

L’Antiquité, au Vème et VIeme siècle avant le Christ, en conserve le souvenir grâce à l’Anabase de Xénophon, retraçant la retraite de 10.000 mercenaires grecs au service des Perses. Marius, au IIeme siècle avant JC, fit de l’armée de Rome une force permanente, ouverte aux prolétaires et aux engagés volontaires. Avec lui, Rome était sur la voie d’organiser une armée de métier dont l’appartenance à ses légions procurait éventuellement la citoyenneté et la possession d’une terre en échange d’un temps de service se comptant par années.

Le Moyen-Age en Europe ne connaît que des armées de métier, réduites drastiquement en nombre du fait du coût et de la complexité des armements. Une armure demandait des mois de travail à l’artisan qui la réalisait. A Poitiers en 1356, Anglais et Français n’alignaient au total pas plus de 10.000 combattants, tandis qu’en 732, le nombre des combattants musulmans et francs approchaient la centaine de mille. Les armées de métier recrutent des professionnels, soit nationaux, soit étrangers. Machiavel, dans « Le Prince » déconseille l’engagement de mercenaires qu’il juge de mauvais soldats, car dénués de toute idéologie, moteur principal d’un esprit combatif élevé.

La Révolution française intervient en concomitance avec une révolution industrielle qui permet une production massive d’armements standardisés. La mise sur pied d’armée de masse et l’idéologie révolutionnaire introduisent la nécessité de la conscription. Cependant, dans les temps modernes, la réapparition de la conscription, connue dans l’Antiquité, est due aux Prussiens, au XVIIème siècle, suivis par les Russes et généralisée donc par les Français au XVIIIème siècle. Les Anglo-Saxons furent les plus réticents à adopter la conscription, the draft, comme l’expriment les Américains, ne s’y résolvant que sous l’empire d’une exigence absolue et la rejetant dès que possible. Les plus attachés à la conscription, au point de la conserver au début du XXIème siècle, sont ceux qui furent les premiers à l’instaurer, les Allemands à qui les Prussiens avaient transmis leur tradition et les Russes. Ce ne sont certes pas des hasards.

L’armée de la monarchie, de métier, avait du mal à recruter des mercenaires français. Elle fut contrainte de faire appel à des étrangers pour un tiers de ses effectifs. La conscription, en France, n’avait jamais été populaire. Dès l’origine, son instauration est pour une très large part la cause de l’insurrection vendéenne. Par ailleurs, le nombre de conscrits durant les guerres de la Révolution et de l’Empire dépasse le volume des incorporables, compte tenu des capacités du pays à équiper correctement ses armées. En dehors de cet aspect, il est impossible de priver totalement le pays de sa force vive trop longtemps. Il faut donc établir des exemptions. Sur quels critères ? Historiquement, la réquisition de 1793, 300.000 hommes, instaurait un tirage au sort à partir d’une liste comprenant une ou plusieurs classes d’âgeclasse d’âge, moins les réformés pour cause médicale. Le nombre de mauvais numéros, les « bons pour le service », correspondait au volume de conscrits nécessaire aux armées, mais avec la faculté de remplacement, contre rétribution d’un volontaire. La pratique dura jusqu’à l’instauration du service universel sous la IIIème République. Ainsi, par la pratique du remplacement rétribué les classes aisées avaient la possibilité d’échapper au service et ne s’en privaient pas. L’inégalitarisme était institué dès l’origine.

Les derniers temps de la conscription : une sélection dans les faits

L’universalité du service aurait dû supprimer cet inégalitarisme. Il n’en fut rien et même bien au contraire dans les dernières décennies du XXème siècle. La démographie française fournissait une classe d’âge de 400.000 jeunes gens pas an. Le service ramené à 12 mois puis à 10 demandait l’incorporation de 250.000 hommes par an. Les réformes médicales, comptées largement, ainsi que les dispenses légales, exemptaient une centaine de milliers de conscrits. Le service militaire était étendu à un service national, réalisé en dehors des armées, par exemple dans le cadre de la coopération, au sein d’entreprises implantées à l’étranger ou au profit de pays en voie de développement ou encore au sein de la police nationale avec, pour les assujettis, un emploi d’auxiliaire. Les ressortissants des classes sociales aisées, toujours hostiles à titre individuel à l’accomplissement du service militaire, recherchaient l’exemption médicale ou faute de mieux, une affectation privilégiée dans un service non armé, la coopération étant la plus prisés. De son côté, l’institution militaire, par le biais de réformes médicales psychiatriques, n’hésitait pas à se débarrasser des incorporables jugés les moins intéressants, tant à cause de leur faible niveau intellectuel que d’une instabilité de caractère ou de difficultés supposées d’intégration sociales.

Au bilan, il résultait des modalités du recrutement que le service militaire était profondément et scandaleusement inégalitaire. Les exemptions profitaient majoritairement aux classes aisées, privant les armées d’appelés particulièrement utiles avec leurs aptitudes intellectuelles. Cependant, le même système permettait aux armées de ne pas s’encombrer de personnels réputés indésirables. Dernier élément, la faiblesse du temps passé sous les armées, dix mois, rendait le service militaire peu rentable. En effet, le temps normalement imparti pour une instruction valable, individuelle et collective, soit six mois, avait dû être réduit pour disposer d’unités, certes déclarées opérationnelles, mais en réalité mal instruites. C’est pourquoi le palliatif d’un volontariat service long avait été lancé et se révélait prometteur dès qu’un système de compensation valable était mis en place.

La nouvelle structure des armées

Le passage à l’armée professionnelle a conduit à une réduction globale des effectifs portant ceux-ci à quelque 348.000 militaires, toutes armées et catégories confondues. La répartition amène l’armée de terre à compter de l’ordre de 134.000 militaires, la gendarmerie 98.000, l’armée de l’air 59.000, la marine 43.000 et les services 14.000. La gendarmerie reste sous statut militaire mais elle est subordonnée pour emploi au ministère de l’Intérieur. Tant ce fait que son organisation et ses équipements amènent à la soustraire des forces combattantes ramenées donc à 250.000 militaires.

A ces militaires, il faut rajouter les civils employés par les armées, occupant quelque 40.000 postes dont la moitié pour l’armée de terre. Le déficit, cependant, enregistre 4.000 postes vacants.

Dans cet ensemble, l’armée de terre avec ses 134.000 hommes et femmes, représente donc un peu plus de la moitié du total des effectifs.

Sur un total de 93.000 militaires du rang, 68.000 appartiennent à l’armée de terre ce qui conduit celle-ci à avoir un taux d’encadrement de près de 50 %, norme voisine de celle des autres armées appartenant à des pays industrialisés et développés. Les militaires du rang sont tous contractuels, l’encadrement - officiers et sous-officiers - relève de plusieurs statuts. Structurellement, la disparition de la conscription a essentiellement touché l’armée de terre dont le volume a été amputé de plus de la moitié de ses effectifs. L’armée de l’air et la marine ont été moins touchées car les appelés, faible en nombre, ne remplissaient que des emplois auxiliaires. Ils ont donc pu être remplacés partiellement par des employés civils. Comme pour l’armée de terre, c’est au niveau du personnel combattant que le déficit s’est fait le plus durement sentir. Le problème de la garde des bases aériennes et navales, s’est posé avec une acuité particulière.

Assez souvent, une impasse a été consentie ou il y a eu occultation : cette garde est censée être renforcée, voire réalisée par des réservistes, en cas de besoin. Reste à définir à l’avance le moment de ce besoin ! Comme les modalités de la convocation des réservistes et celle de leur instruction.

La professionnalisation a globalement gonflé la ligne de crédit « Rémunérations et charges sociales », relevant du titre III, dans la mesure où l’on maintient une répartition traditionnelle des crédits entre titre III, « Fonctionnement » et V « Dépense en capital ». Désormais, bien que les armées aient considérablement diminué leur format, le titre III, à cause du poste RCS, grossi par les soldes des professionnels, affleure les 50 % du total des crédits, sous-estimé d’ailleurs à l’origine. Ce gonflement, incompressible, est à l’origine, pour une forte part, du non-respect de la loi de programmation qui a suivi la suspension du service militaire. En effet, en dehors de toute compression des crédits militaires, il a bien fallu opérer des transferts du titre V au titre III. Nonobstant, en termes d’emploi, désormais, les armées et notamment l’armée de terre, se présentent comme le plus grand pourvoyeur d’emploi en France.

Le recrutement

Les armées, au total, cherchent à pourvoir de l’ordre de 20.000 postes de militaires du rang par an. L’armée de terre, quant à elle, s’inscrit pour une moyenne de 15.000 postes par an. En 2007, l’armée de terre cherche 17.000 volontaires, se répartissant en 11.000 militaires du rang, 1500 sous-officiers et quelque 500 officiers. Le niveau demandé s’étage de sans qualification à Bac+5. Le niveau « sans qualification à Bac » concerne les militaires du rang, Bac à Bac+2 les sous-officiers et de bac+2 à Bac+5 les officiers.

Le taux de sélection avait atteint, au plus, la prise en compte de 3 candidats pour un poste et ensuite a baissé, malgré la persistance du chômage. En 2006, ce taux de sélection était de 1,8 par poste et en 2007, il doit être encore plus faible. A noter qu’en ce qui concerne la Légion étrangère, moins de 10.000 hommes en 2007, la sélection atteint 8 candidats pour un poste. La disparité d’explique : la Légion s’adresse au monde entier et non à de seuls citoyens français. De plus, bien des Français postulent à un engagement dans la Légion, en se prétendant belge ou monégasque !

Le taux de sélection de 1,8 est, de plus, fallacieux, car il s’agit d’une moyenne qui touche l’ensemble des personnels et non les seuls militaires du rang versés dans les unités directement combattantes ou ceux qui accèderont très rapidement à une école de sous-officiers. Il en découle que la sélection est insuffisante et s’approche d’un poste offert pour un poste demandé. Autant dire qu’elle devient nulle.

L’armée de terre s’efforce d’être attractive et offre une qualification à partir de plusieurs centaines de métiers possibles en son sein. En période de chômage massif, quelque 8,2 % de la population active, et de précarité de l’emploi, elle n’hésite pas à s’adresser aux jeunes en difficulté d’intégration ou en échec scolaire. Rien n’y fait, le taux de sélection reste à la baisse. Le problème, en sus, du recrutement est de fidéliser le personnel. Beaucoup de militaires du rang résilient leur contrat avant un an de service ou il faut les pousser à le faire lorsqu’ils se sont révélés définitivement asociaux ou rébarbatifs à la vie militaire. La durée moyenne souhaitée d’un engagement est de 8 ans, ce qui est bien long. En effet, avec l’âge, il y a inévitablement baisse des performances physiques et usure morale. Mais au-delà, les engagés répugnent à rester dans les rangs, malgré le manque de perspective. C’est ainsi que les engagés ne souscrivent de contrat, en moyenne, que sur 5 ans.

Il découle de cet état de fait une baisse du niveau général des recrues. Cette baisse est préoccupante. Le niveau général des militaires du rang professionnel est en moyenne inférieur à celui de la même catégorie de l’armée de conscription. Or, la complexité des armements et des équipements ne cesse d’augmenter, sans que suive le potentiel de maîtrise intellectuelle développé par les engagés et indispensable pour assurer l’emploi correct de ces armements. La prospective est tout aussi sombre.

Un avenir bien sombre

L’amélioration de la sélection ne peut provenir que d’une augmentation des demandes d’engagement comme d’une fidélisation accrue de ces engagements, ce qui se résout par une capacité d’attraction supplémentaire. Un tel résultat ne peut être obtenu que par un système de soldes plus fort, ou par des possibilités de reconversion intéressantes, l’engagé étant rendu à la vie civile.

Or, quels que soient les systèmes de reconversion prévus par les armées, six mois après leur retour à la vie civile, les engagés relèvent à raison de 50 % du chômage, taux supérieur à celui des jeunes Français du même âge. Cela se sait et n’incite pas à l’engagement. La faute ? Certes, la reconversion n’est pas prise suffisamment en compte par les armées et elles n’y consacrent pas assez d’efforts. Peuvent-elles faire mieux ? Certainement, mais est mis en cause la faiblesse du niveau initial des engagés. Y remédier revient à reprendre une formation initiale portant sur le niveau scolaire, entre autres. Ce ne sont pas alors six mois d’instruction militaire individuelle et collective qu’il s’agit de mettre en œuvre, mais la reprise d’une scolarité mal ou peu dispensée par l’Education nationale. L’armée de conscription, dans une certaine mesure, couvrait le besoin, mais dans des proportions qui étaient compatibles avec sa mission.

Dans ces conditions, effectivement, les forces armées se révélaient une école de la deuxième ou de la dernière chance. Aux fins de disposer d’un personnel valable, l’armée de terre peut suppléer tant à la Formation professionnelle des adultes qu’à un système scolaire qui supporte des échecs, mais ne peut remplacer totalement la formation et l’instruction que dispense l’Education nationale. La cause est alors perdue. L’examen de la composition sociale des militaires du rang de l’armée de terre est accablante.

Un élément essentiel s’adjoint à la faiblesse des soldes des militaires du rang et se révèle un frein à leur engagement : la disponibilité qui est exigée du militaire, à juste titre d’ailleurs. Cependant, cette disponibilité est un obstacle puissant à toute vie de famille. En effet, le militaire du rang est en opération ou en garnison, mais, par définition, a une existence nomade et les lieux de garnison ne sont guère propices à trouver un logement et encore moins un emploi pour un conjoint. Que l’on songe aux camps de Champagne ! La faiblesse de la solde, dans ces conditions, ne permet pas à deux de vivre sur elle. Et il n’y a pas de compensation ! Comment alors espérer un avenir harmonieux pour un jeune engagé qui, au fil des mois, deviendra moins jeune et se refusera à un statut d’exception aussi préjudiciable ?

On a parlé de réserver des emplois dans la police, chez les pompiers... à des engagés en fin de service comme système de compensation. Les réticences sont nombreuses et, pour peu que l’on veuille bien lever le voile sur le même obstacle : le faible niveau culturel initial des engagés de l’armée de terre. Sur le marché du travail, on trouve mieux qu’eux.

Pour les mêmes motifs, les armées de terre américaine et britannique rencontrent les mêmes problèmes et sont contraintes de supporter les mêmes conséquences. L’armée britannique a décidé de réduire encore son format. L’armée de terre française a examiné la possibilité d’en faire autant : descendre en dessous de 134.000 hommes et femmes, quitte à réduire les missions. Le dilemme est politique. L’armée de terre américaine fait appel à des étrangers et leur promet la nationalité américaine en échange d’un engagement conséquent et d’un service sur un territoire extérieur. En 2007 : en Irak. La crise est perceptible même à l’étranger. La valeur de l’armée américaine est en cause.

Paradoxe qui n’est pas étonnant, la professionnalisation se heurte à des obstacles semblables à ceux rencontrés par l’armée de conscription. L’inégalitarisme de la conscription aurait été acceptable à condition d’être compense par des avantages inhérents au service militaire, tels que des systèmes de reconversion valable, des bourses, des points supplémentaires aux concours d’entrée dans la fonction publique, y compris les Grandes Ecoles,... On s’y est refusé. On a donc supprimé la conscription. On se refuse aux compensations.

Pour peu que le chômage s’atténue, le problème du recrutement des militaires du rang dans l’armée de terre s’alourdira.

La crise de la professionnalisation est condamnée à s’approfondir. Revenir à la conscription n’est guère populaire et est même, électoralement nuisible. Et pourtant, lors de la campagne électorale présidentielle, il a été fortement question d’un service civique universel avec une composante militaire.

Un service, quel qu’il soit, pour être accepté, exige une compensation sérieuse et équitable. Au nom de l’égalité !

Général (cr) Henri PARIS Président de DÉMOCRATIES Club de réflexion politique

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