Mardi 26 août 2008



CHRONOLOGIE DES COMBATS


(durée plus de 26 heures !! - du 18 août 15 h 30 au 19 août 18 h)

Les deux sections françaises (d'une trentaine d'hommes chacune) envoyées dans la vallée d'Uzbeen par le commandement régional capitale de Kaboul (RC-C Kaboul) contribuaient à une mission composée de trois phases. D'abord, la reconnaissance de la vallée d'Uzbeen au sud du 35e parallèle. Puis, des patrouilles dans la vallée de Tizin. Et dans une troisième phase, la poursuite des reconnaissances dans la vallée d'Uzbeen jusqu'au 36e parallèle. Les deux premières phases s'étaient déroulées le 8 août et le 15 août , sans incident particulier.

18 août à 9 heures, commence la dernière phase à partir de la base opérationnelle avancée de Tora est organisée par deux sections du bataillon français (BATFRA), l'une appartenant au 8e RPIMa, l'autre au régiment de marche du Tchad (RMT). Elles sont accompagnées par deux sections de l'ANA (Armée Nationale Afghane), formées depuis plusieurs années par des instructeurs français. La première basée à Tora, et la seconde appartenant au HSSB (Headquarters Security Support Brigade) de Kaboul. Ces quatre sections (une centaine d'hommes au total)sont accompagnées de forces spéciales américaines, dont un JTAC (élément d'éclairage et de guidage des avions d'appui).
Elles font route vers la vallée d'Uzbin, la zone patrouillée se trouve au nord-est de Surobi, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale, Kaboul. Soit environ 45 minutes, par une route en lacet s'étirant sur 4 à 5 kilomètres. L'ambiance est suffocante, il fait plus de 30 degrés et les fantassins sont ralentis par la poussière orange qui s'infiltre partout et par la lourdeur de leurs gilets pare-balles.

13 h 30 :  alors que la section de combat de la 4ème compagnie du 8e RPIma a dépassé Sper Kunday, certains de ses hommes, la section Carmin 2, descendent de leurs VAB (Véhicules de l'Avant Blindé) et partent reconnaître à pied un petit col qui culmine à 2 000 mètres.


15 h 30 : Les 'condés' (pour 'combattants débarqués') sont pris à partie par une centaine d'insurgés, embusqués, qui dirigent contre eux des tirs d'armes légères automatiques et de lance-roquettes antichars. Plusieurs hommes sont touchés, blessés ou tués, mais avec méthode : parmi les premiers qui tombent figurent le transmetteur radio, l'adjoint au chef de section, le tireur d'élite et l'interprète Afghan. Un instant plus c'est au tour du sergent infirmier de la Légion, qui porte secours au blessés, d'être tué par les snipers.

"Lorsque nous sommes arrivés à cinquante mètres de la ligne de crête,' raconte un soldat, 'les tirs ont commencé. Ils n'ont pas cessé pendant six heures. Parmi les attaquants, il y avait des tireurs d'élite, ils étaient plus nombreux que nous et nous attendaient. On les entendait recharger leurs armes."

15 h 40 : Après avoir encerclé l'avant-garde de la section, les talibans, qui sont environ entre 60 et 100, attaquent l'arrière de la colonne, avant de l'encercler. Le régiment de marche du Tchad (RMT) placé en appui, est à son tour encerclé, coupant ainsi la colonne en deux dans le plus parfait schéma tactique d'une embuscade. Le piège s'est refermé et les combats sont intenses.

15 h 52 : Vingt-deux minutes après le déclenchement de cette 'boule de feu' qui anéantit une première partie du groupe français, le chef de section réussit à récupérer la radio et envoie un premier message d'alerte a la base, au RC-C. Les contacts radio ne seront ensuite plus jamais rompus.

15 h 55 : La section de réaction rapide est envoyée en renfort. Elle arrive sur place une heure plus tard.

15 h 55, Trois minutes plus tard, la base opérationnelle avancée Tora, à Surobi, fait partir une section de réaction rapide en renfort. Elle arrive sur la zone une heure plus tard, avant 17 heures . Entre-temps, les insurgés qui avaient décimé le premier groupe et encerclé les survivants continuent d'agir dans les règles du combat tactique : ils encerclent également la seconde partie du groupe du 8e RPIMa, puis la section du RMT qui suivait.

 16 h 18 , soit 23 minutes après le premier message radio reçu d'Uzbeen, le 'TIC' (Troop In Contact) est ouvert, terme militaire signifiant que des tirs visent des forces amies.

16 h 30 , la base opérationnelle Tora, à Surobi, dépêche une seconde section de renfort. Elle emporte des mortiers de 81 mm (ils ouvriront le feu à 18 h 25 ), et comporte un groupe médical, ainsi qu'un JTAC américain (élément d'éclairage et de guidage des avions d'appui). La progression de ces renforts est toutefois ralentie par la crainte que les 'talibans' n'aient piégé la route, justement pour frapper les renforts.

16 h 50 : Des avions de combat, arrivent. Les F 15 envoyés par l'Otan arrivent sur zone, guidés par les soldats américains au sol. Ainsi que dans un deuxième temps des drones Prédator, deux hélicoptères OH-58 (qui ont effectué des tirs d'appui contre les crêtes voisines), un AC-130 Gunship, deux avions 'tueurs de chars' A-10 Thunderbolt. Les deux chasseurs-bombardiers F-15 s'abstiennent de tirer, par crainte de commettre des dégâts collatéraux, les insurgés et les forces alliées étant trop imbriqués - Ils emportent des bombes qui ne peuvent pas être tirées tant les combattants sont imbriqués - Les Prédator vont surveiller l'arrivée de renforts de talibans venant de Tabag, le AC-130 a tiré un obus de 40 mm et 4 de 105 mm. Les deux A-10 n'y sont pas allés de main morte : ils ont tiré 1.340 coups de 30 mm ! Pour autant, et jusqu'à plus ample informé, rien n'indique que des 'tirs amis' aient visé les Français, (info confirmée par les blessée et rescapés) qui de plus, selon les informations, portaient des équipements spécifiques permettant de les distinguer. L'Otan a également démenti les rumeurs de 'tirs amis' propagées par les médias.
 Patron de l'armée de terre, le général Elrick Irastorza a estimé à Paris que les témoignages ou faits relatés par certains combattants devaient être relativisés : 'Des combats et tirs s'étant déroulés de nuit et la charge émotionnelle qui découle d'un accrochage ou 'baptême du feu' conduit un petit peu chacun à avoir sa vérité, ce qui est largement compréhensible.'

17 h 50, deux hélicoptères américains d'évacuation médicale (MEDEVAC) arrivent sur la zone pour évacuer les blessés, mais ne peuvent se poser. Les tirs trop nourris les empêchent d'atterrir. Toute la zone est à feu et à sang. Ils rebroussent chemin


UH-60 MEDEVAC

17 h 58, Huit minutes plus tard, deux hélicoptères français EC-725 Caracal de transport et d'appui-feu appartenant aux forces spéciales françaises, qui viennent de relever les 2 Cougar de l'ALAT (1er RHC Phalsbourg) et qui sont les seuls appareils français de ce type présents sur le sol afghan, décollent de Kaboul. Bravant les tirs ils déposent dans la zone de combat à 18 h 15, sans atterrir, un médecin et dix commandos qui préparent une ZPH (zone de poser d'hélicoptères) pour embarquer les blessés.



18 h 15 , après avoir stoppé d'autres missions en cours, le BATFRA de Kaboul fait convoyer sur zone par les Caracal une section d'infanterie. Trois autres partent par la route.

18 h 25 : Les mortiers de 81 mm arrivés en renfort ouvrent le feu.

18 h 40 : les Caracal renforcent l'équipe médicale, et commencent à déposer des munitions. Ils en apporteront plus de deux tonnes au cours de la bataille.

20 heures, les hélicoptères Caracals réussissent à évacuer plusieurs blessés, les insurgés continuent leurs attaques contre la patrouille. Ils sont bien équipés et semblent bénéficier d'énormes réserves de munitions.

21 h 30, le feu se calme. Des groupes d'infanterie se dirigent dans la vallée d'Uzbin pour reprendre le contrôle de la zone. Leur travail est compliqué par la tombée de la nuit. Des unités françaises se lancent à la poursuite des insurgés, alors que la nuit tombe et que le terrain est très accidenté. Quelques blessés sont évacués

23 heures, des munitions sont à nouveau acheminées sur les lieux pour aider les forces françaises à répliquer aux insurgés. Les recherches pour retrouver les disparus se poursuivent jusque tard dans la nuit. Mais les hommes peinent. L'obscurité est totale. L'ensemble des corps ne sera retrouvé que le matin.

À 4 heures, le 19 août, un véhicule de transport blindé participant aux évacuations tombe dans un ravin à cause 19 août 4 h 20, au lever du jour, un véhicule de l'avant blindé du RMT qui se rend en renfort sur la zone de combat pour participer aux évacuations de blessés, tombe dans un ravin à cause d'un effondrement de terrain. Un soldat français, un Calédonien du 1er régiment de marche du Tchad est tué et trois autres sont blessés. L'évacuation des blessés se poursuit toute la nuit.

À 9 heures, les insurgés . . 9 heures , les 'talibans' recommencent à tirer et attaquent à nouveau au mortier les unités françaises, mais cette fois brièvement et sans faire de blessés. Les mortiers de 81 (acheminés en renfort) ayant aussitôt riposté. 42 coups seront tirés. Le désengagement se poursuivra ensuite toute la journée sous la protection d'un Predator .

19 août à 18 heures, toutes les unités françaises sont (enfin !! ) en sécurité sur leurs bases. (Les missions de reconnaissance dans la vallée de l'Uzbeen devaient reprendre ce jeudi)


 Pendant toute la durée des combats, les drones de combat Predator de l'Otan ont surveillé les alentours pour prévenir l'arrivée éventuelle de renforts talibans. Deux avions tueurs de chars A 10 Thunderbolt ont ouvert le feu : ils ont tiré 1 340 coups en 30 minutes. Les unités françaises ont aussi bénéficié du soutien rapproché aérien des avions américains, qui ont été guidés par les forces spéciales américaines.

Bilan de l'embuscade : 10 morts français au combat et 21 blessés. Les talibans auraient perdu 39 ou 40 hommes, dont un de leurs chefs. L'armée afghane déplore deux blessés. Un interprète afghan a aussi été tué.

 La section Carmin 2 de la 4ème compagnie du 8ème RPIMa commandée par l'Adjudant EVRARD, lui même blessé à l'épaule au tout début de l'accrochage, a été décimée. Sur les 31 hommes qui la composaient, 26 ont été mis hors de combat !

Neuf d'entre eux ont été tués et dix-sept d'autres blessés. Neuf de ces derniers, plus gravement touchés, ont été évacués dès mercredi et deux autres devaient encore l'être. Finalement, le commandement a pris la décision de rapatrier l'ensemble des personnels de la section qui ont survécus, y compris les huit personnels plus légèrement touchés (traumatismes sonores) ainsi que les cinq hommes sortis complètement indemnes de l'embuscade. Ils devraient arriver à Roissy en début d'après-midi ce jour.

Ces pertes sont les premières depuis le renforcement de la présence militaire française en Afghanistan, actuellement de l'ordre de 3.000 hommes, annoncée par Nicolas Sarkozy lors du sommet de l'Otan à Bucarest en avril. Avant ces combats, quatorze militaires français y avaient été tués dans des accidents, opérations ou attentats fin 2001, selon l'état-major français. Le dernier en date avait péri le 21 septembre 2007, dans un attentat suicide à la voiture piégée à Kaboul.

Cette attaque a été la plus meurtrière pour des soldats français depuis l'attentat du Drakkar à Beyrouth en 1983 où 58 militaires avaient péri.

L'année 2008 risque d'être la plus meurtrière pour les forces internationales présentes en Afghanistan depuis l'invasion de 2001. Quelque 184 soldats étrangers, dont 96 Américains, sont morts dans le pays depuis le début de l'année, selon un comptage de l'Associated Press. A ce rythme, le bilan des 222 morts au sein des forces internationales enregistré en 2007 devrait être dépassé



COMMENTAIRES: (hors polémique stérile et politicienne de bas étage)

 Le bataillon français n'aurait pas demandé de reconnaissance aérienne !

Selon certaines informations, le bataillon français (BATFRA) n'a pas demandé de reconnaissance aérienne avant d'engager la colonne dans la vallée d'Uzbin, au nord du 35ème parallèle. Il s'agissait pourtant d'un secteur dans lequel les militaires français ne s'étaient pas encore aventurés, depuis leur arrivée à Surobi début août. Contrairement à la plaine de Shamali, au nord-ouest de Kaboul, que les Français parcourent depuis des années, cette région est considérée comme dangereuse.

Réactions

Juju à dit (ex. du 'Fort Carré d'Antibes' et instructeur de commandos en 63/65)
Sans critiquer ni se poser en donneur de leçons, mais just. pour alimenter la réflexion des ; 'Enseignements à tirer'NDLR - Discours du Président de la République et chef des armées aux invalides. Voici 10 questions ! (et non pas les dix commandements...)
 Pour ceux des anciens qui comme moi ont connu la guerre de guérilla (Tchad, etc.) ou enseigné les techniques de base pour l'affronter, la lecture de la chronologie des faits interpelle et pose question !


 1.) 20 minutes pour actionner la 'cloche' ! Y-a-t-il eu une bonne appréciation de terrain ? et planification d'un réseau radio fiable avec un 'Pim' en relais-secours ? Les VAB ne sont-ils pas équipés radios ? ou au minimum le 'serre file' comme dans le temps ?

 2.) Durant l'action, où était postées la (ou les) armes collectives (ex. FM) en soutient de la reco et appuis-tiroir pour fixer l'ennemi ? (on ne parle que de fantassins avec des armes individuelles (ex. Famas). Mais surtout dans ce contexte précis de convois et d'action d'une force internationale  et d'engagement d'une section reco, ou se trouvaient les sections de l'ANA et les forces spéciales américaines ? et pourquoi n'étaient-t-elles pas en alerte ou en contact permanant radio pour réagir en cas de coupure et 'silence radio' non convenu ?

 3.) Pourquoi ce n'est pas La base 'Tora' qui aurait dû être décideur de la première action dans l'affaire ? (renfort, engagement aérien et hélicos de combat, encerclement rapide de la zone, etc. !), le RCC n'étant là qu'en ordres complémentaires et supérieurs et d'analyse du contexte de zone (engagement d'autres moyens alliés).

 4.) Le timing des engagements de riposte, pourquoi as-t-il été aussi mal géré avec le peu de matériel à disposition ? (dans ces actions violentes, il faut se rappeler que tout se passe dans les premières minutes (réaction générale, teneur des ordres et décision des moyens)

 5.) Est-il sérieux, opportun et professionnel que des sections de renforts doivent être amenées au contact dans des véhicules ? (où sont les hélicos ? et les moyens aptes à bien figurer).

 6.) Est-il normal sérieux et responsable, que des professionnels s'engagent dans une opération de reconnaissance en profondeur et de plusieurs jours (qui plus est en convoi) soit à cours de munition dès le 1er accrochage ? Est-il pensable qu'une opération de reco aussi importante (une centaine d'hommes en 2 sections françaises et 2 de l'armée nationale Afghane) ne soit pas dotée de moyens autres que des armes dites légères ? Est-il logique que ce soient des hélicos sanitaires (les Caracals) qui aient du les approvisionner en munition sous le feu et leur amener par rotation depuis la base 'Tora' à 5O Km les mortiers qui leurs faisaient défaut pour se défendre ?

 7.) A défaut d'engagement en OPEX des hélicoptères de combat existants, tel les Tigres du DAOS basés au 5° RHC ALAT de Pau (disponibles mais dans les casernes et bases arrières de France, faute de budget - Livre blanc de la restriction des crédits et moyens oblige sans doute...) pourquoi n'avons nous pas alors des hélicos et avion de strafing et d'engagement au sol ? Il y a encore de bons vieux avions à hélices - il y a de bons hélicos avec matériel infra rouge et caméra performante (ex. les Gazelles canon ou hot, d'un coût très inférieur au Tigre)

 8.) L'action de 17 h 50 des Caracals, pourquoi n'y en avait-il pas d'autres bourrés de commandos spéciaux pour une prise à revers des talibans ? Où ont été placé les pare-feux ? En fait hormis les Hélicoptères Américains (qui pourtant armés ont fait demi-tour devant le feu nourri..), il n'y a que deux Caracals transport-sanitaires de l'Armée de l'Air en Afghanistan et qui, eux au moins, ont assurés en bravant les tirs pour déposer des commandos préparant la DZ, acheminant les munitions manquantes !! et assurant l'évasan des blessés.

 9.) Ces 2 Caracals viennent de relever en juin les 2 Cougar armés du 1er RHC de Phalsbourg. Pourquoi y a-t-il eu relève au lien de renforcement ? Deux Hélicos SAN pour une force d'intervention de plusieurs milliers d'hommes, (plus de 3 000) n'est-ce pas un hiatus de commandement ? ou des économies budgétaires irresponsables ? 

10.) Pourquoi une opération de verrouillage niveau RCC et allié, n'a-t-elle pas été mise immédiatement en place sur les arrières de ce groupe de talibans ? Même pour nos anciens d'Indochine ou d'Algérie le bouclage était une des base clé de toute action ou tactique de contre guérilla. L'accrochage sérieux étant le point de décision pour mettre le paquet. Je plains l'état major BATFRA ! Il serait temps pour que ceux que l'on envoie en OPEX * soient d'une compétence minimum à défaut d'extrême qualité. Je parle niveau commandement et décisionnel, n'en déplaise aux politiques (même de l'armée)

 (*) Opérations Extérieures (nouveau terme pour désigner les 'théâtres d'opérations extérieures')
Par Takeda Tetsuya - Publié dans : Actualité française - Communauté : FU RIN KA ZAN
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