Charles de GAULLE (3)

Publié le par Takeda Tetsuya


1925-1940 : un officier anticonformiste






En 1925, il est détaché à l'état-major du maréchal Pétain, vice-président du Conseil supérieur de la Guerre. Il est à nouveau affecté à Trèves en 1927, comme chef de bataillon. Le 1er janvier 1928 naît sa seconde fille Anne. De Gaulle est muté au Levant en 1929 et passe deux ans à Beyrouth avec sa famille. En 1931 il est affecté au secrétariat général de la Défense nationale à Paris. Ce nouveau poste est pour lui important, car c'est l'occasion de s'initier aux affaires de l'État.

 

Pendant cette période, il publie de nombreux articles qui le font remarquer, notamment "Doctrine a priori ou doctrine des circonstances" dont la thèse avait été jugée hétérodoxe par la hiérarchie : contrairement à la doctrine traditionnelle qui veut que l'action de l'armée se déroule suivant des normes connues à l'avance, le capitaine de Gaulle pense que tout en respectant certains principes, il est indispensable de se plier aux circonstances. Il prononce plusieurs conférences à l'Ecole supérieure de guerre sous l'autorité du maréchal Pétain ; il y fait preuve d'indépendance d'esprit et développe l'idée qu'il se fait du chef militaire : "L'Action du chef de guerre", " Du caractère". De Gaulle réfléchit à une réforme de l'armée et aux relations entre l'armée et le politique. C'est ainsi que dans son premier ouvrage, La Discorde chez l'ennemi, qui paraît en 1924, il insiste sur le fait que le politique doit primer sur le militaire.


En 1932, Le Fil de l'épée rappelle l'importance de la formation des chefs et le poids des circonstances. Il aborde la théorie de la nécessité d'un corps de blindés, alliant le feu et le mouvement, capable d'initiatives et d'offensives hardies. Dans son ouvrage,Vers l'Armée de métier, publié en 1934, il développe cette question de fond, qui nécessite la création d'une armée professionnelle aux côtés de la conscription. Cependant, cette idée rencontre peu d'échos favorables, sauf de la part de Paul Reynaud, député de droite, ou de Philippe Serre ; de son côté, dans les colonnes du Populaire, Léon Blum stigmatise cette armée de professionnels qu'il assimile, comme d'autres, à des prétoriens. A l'étranger, en revanche, l'emploi des blindés tel que de Gaulle le préconise suscite la plus grande attention (Guderian, Liddel Hart). A Paris, de Gaulle fréquente diverses personnalités autour du colonel Émile Mayer, retraité très ouvert, favorable à la réforme de la stratégie qui ne doit pas se contenter de la défensive derrière la ligne Maginot. Cependant, ni l'un ni l'autre ne sont écoutés.

Colonel en 1937, il est nommé à la tête du 507e régiment de chars à Metz. Lors de la déclaration de guerre de la France et l'Angleterre à l'Allemagne le 3 septembre 1939, le colonel de Gaulle est nommé commandant des chars de la Ve Armée.


La drôle de guerre

 

Le 2 septembre, le colonel de Gaulle reçoit le commandement des chars de la 5e armée, chargée de couvrir l'Alsace à l'abri de la ligne Maginot et dont le PC est installé à Wangenbourg.

Pendant cette période, appelée "drôle de guerre", qui dure du jour de la déclaration de guerre, le 3 septembre 1939 au 10 mai 1940, la 5e armée reste comme toute l'armée française, l'arme au pied derrière la ligne Maginot.

 

 


Le colonel de Gaulle continue à promouvoir ses idées sur l'emploi des chars. Sur le terrain d'abord, en essayant de tirer le meilleur parti possible de l'outil "en miettes" qui lui est confié en demandant l'installation de moyens radio à bord des chars et surtout en créant le centre d'instruction des chars de la 5e armée à Blamont. Ensuite, il obtient du commandant d'armée, le général Bourret que l'emploi des chars de la 5e armée ne soit plus prévu seulement en accompagnement d'infanterie mais lui soit confié en liaison avec les commandants des grandes unités. En octobre 1939, il a l'occasion de présenter les unités de chars de la 5e armée au président de la République, Albert Lebrun. Enfin, en janvier 1940, il termine la rédaction d'un mémorandum intitulé L'avènement de la force mécanique qu'il adresse à Léon Blum, ancien président du Conseil, et à environ 80 personnalités civiles et militaires dont Edouard Daladier, ministre de la Défense nationale, qui juge bon de ne pas en prendre connaissance.

Son opiniâtreté pour faire valoir ses idées finit par conduire l'état-major à regrouper un certain nombre de chars au sein de quatre divisions cuirassées (DCR), lui-même étant averti en février 1940 de se préparer à prendre le commandement de l'une d'entre elles.





En janvier 1940, de Gaulle envoie à quatre-vingts personnalités, dont Léon Blum, Paul Reynaud, ainsi qu'au général Gamelin et au général Weygand, un mémorandum fondé sur les opérations de Pologne. Intitulé L'Avènement de la force mécanique, le texte insiste sur la nécessité d'allier le char et l'aviation. Affecté au commandement de la 4e division cuirassée, de Gaulle s'illustre à Montcornet, à Laon, et arrête les Allemands à Abbeville (27-30 mai 1940).

Nommé général de brigade à titre temporaire à compter du 1er juin, de Gaulle est appelé par Paul Reynaud, président du Conseil, comme sous-secrétaire d'État à la Défense nationale et à la Guerre, le 5 juin. Il a pour mission de coordonner l'action avec l'Angleterre pour la poursuite du combat. Le 9, il rencontre Churchill qu'il tente en vain de convaincre d'engager davantage de forces, y compris aériennes, dans la bataille. Le 10 juin, de Gaulle quitte Paris, déclarée ville ouverte, pour Orléans, Briare et Tours. Le 16 juin, à Bordeaux, de retour de mission en Angleterre, il apprend la démission du président du Conseil, Paul Reynaud, son remplacement par le maréchal Pétain et la demande d'armistice. Le général de Gaulle est donc évincé de ce gouvernement.

 


Publié dans Actualité française

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