IRLANDE : Réactions...

Publié le par Takeda Tetsuya

La petite Irlande secoue l’Union






En rejetant largement le traité de Lisbonne par référendum, les  Irlandais fragilisent la présidence française de l’Union.

ARNAUD VAULERIN

QUOTIDIEN : samedi 14 juin 2008
 

Clair et net. Le duel annoncé comme serré entre le oui et le non au Traité de Lisbonne n’a pas eu lieu. Sans hésiter, l’Irlande a rejeté vendredi par référendum le texte qui était censé remplacer le Traité sur la Constitution, déchiré par le double non français et néerlandais en 2005. 53,4% des Irlandais ont voté contre ce texte. Autrement dit: 862 415 personnes ont scellé le sort d’un projet conçu pour près de 500 millions d’Européens. 

«Verdict». L’Irlande était en effet le seul Etat membre de l’Union européenne à organiser une consultation de ses citoyens, comme l’y oblige sa Constitution depuis 1987. Vendredi soir, le Premier ministre Brian Cowen a exprimé sa «déception». Tout en disant «respecter le verdict du peuple irlandais», il a estimé que ce résultat constituait un «revers potentiel» pour l’UE, qui «n’allait pas être résolu aisément».

L’ampleur du rejet a saisi tout le monde à Dublin. Depuis qu’un sondage du quotidien Irish Times, vendredi dernier, avait donné le non en tête, les deux camps estimaient que la victoire se jouerait sur le fil du rasoir. Confiant dans une «remontée du oui perçue sur le terrain», un conseiller du ministre des Affaires européennes avait même pronostiqué, mercredi, «une victoire à 55 %»

 
 
 
 

 

Pis, la claque atteint des membres du gouvernement. Le «non» a ainsi largement gagné dans les circonscriptions de Dick Roche, le ministre en charge de l’Europe et de Micheal Martin, aux Affaires étrangères. Declan Ganley, le tycoon conservateur qui a porté haut les couleurs du refus (Libération du 12 juin), a pavoisé dès l’annonce des premières tendances: «Nous voyons la démocratie en action. C’est un grand jour, car les citoyens ont pu s’exprimer après les Français et les Néerlandais.» A gauche, Michael Youlton de la Campagne contre le non à la Constitution a affirmé que le Premier ministre devait «prendre ses responsabilités et se rendre à Bruxelles pour renégocier au mieux» un nouvel accord.

Fossé. L’examen des résultats montre que le scénario de 2001 - quand l’Irlande avait rejeté le Traité de Nice - s’est répété. Dans le Nord-Ouest, le non franchit la barre des 60 %. Dans la banlieue sud-ouest de Dublin, il dépasse les 65 %. Mais dans le sud de la capitale irlandaise, les pro-traité ont voté à près de 63 % pour Lisbonne. Le fossé se creuse entre les zones des classes moyennes et privilégiées et celles plus défavorisées ou rurales. «Ces dernières se sont probablement senties menacées par la concurrence étrangère, une baisse des salaires, un risque d’affaiblissement des protections sociales», analyse Ben Tonra, spécialiste des questions européennes à l’université de Dublin. Par ailleurs, les «anti» ont mené une campagne attrape-tout ratissant de l’extrême gauche à l’extrême droite, et mêlant des dizaines d’arguments ou de revendications catégorielles concrètes (avortement, fiscalité, neutralité, etc.). Et ils se sont trouvés un tribun en la personne de Declan Ganley.

«Pas d’idée forte». En face, la quasi-totalité de la classe politique s’est ralliée sans passion sous la bannière du oui. «Ce traité était très difficile à comprendre et très général, note Ben Tonra, il n’y avait pas une idée forte à vendre. Le camp du oui est donc resté sur la défensive.» Le soutien exprimé trop tard de la puissante fédération des paysans (IFA) n’a pas arrangé ses affaires. Pas plus que les déclarations de Christine Lagarde en faveur d’une harmonisation fiscale en UE qui ont inquiété un pays bénéficiant de taux d’imposition avantageux pour les sociétés.

Enfin, les mauvaises nouvelles sur le front de l’économie (chômage en hausse, croissance en baisse) ont fini de miner le moral d’un pays doutant d’une Europe dont elle a tant bénéficié.

 

 

 

OUEST-FRANCE :

 

Le « non » irlandais plombe le traité européen

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AFP
À Dublin, des Irlandais partisans du « non » affichent leur joie, sitôt l'annonce des résultats. : AFP

Le rejet du traité de Lisbonne plonge l'Europe dans le désarroi et dans une nouvelle crise, alors que la France doit prendre la présidence de l'UE.

Même les  bookmakers  irlandais croyaient en la défaite du « non ». Hier matin, encouragée par des rumeurs faisant état d'un afflux tardif de défenseurs du traité européen dans les bureaux de vote, la société de paris Paddy Power avait même commencé à honorer les gains des personnes ayant misé sur une victoire du « oui ». Elle en est désormais pour au moins 180 000 € de sa poche.

En fait, il est vite apparu, vendredi, que le « non » tenait la corde. Tôt, hier matin, les « micro-trottoirs » des radios locales révélaient que la majorité des sondés avaient voté contre la ratification. Au milieu de la journée, alors que le dépouillement venait de commencer, le ministre de la Justice, Dermot Ahern, était le premier à reconnaître la victoire du camp du « non ». Une victoire, au final, nette : 53,4 % contre 46,6 % : « En fin de compte, a reconnu le ministre, et pour une kyrielle de raisons, le peuple a parlé. »

Le peuple irlandais (en fait, seuls 51 % des inscrits sont allés aux urnes) a exprimé ses « inquiétudes », selon Joë Higgins. Et le leader du PS irlandais de citer les menaces que ferait courir l'Europe sur le droit du travail et sur les services publics et la crainte de voir l'Irlande embarquée dans les aventures militaires de l'UE.

« Rester un pays neutre »

Cette analyse est partagée dans les rangs du Sinn Féin. Pour son président, Gerry Adams, les Irlandais veulent une « Europe sociale » et, selon la députée Mary-Lou MacDonald, les votants ont exprimé leur volonté de voir l'Irlande « rester un pays neutre ».

Maura Stewart, une jeune chercheuse en sciences politiques de l'Université de Galway, préfère mettre en avant deux réactions « plus épidermiques » : « D'une part, les Irlandais en ont assez qu'on leur rappelle qu'ils sont redevables à l'Europe. D'autre part, le camp du «oui» a été incapable d'expliquer le contenu du traité et certains dirigeants ont même reconnu qu'ils ne l'avaient pas lu. »

Alors que Declan Ganley, président de l'association Libertas, qui a milité contre l'adoption du traité, considère le vendredi 13 juin comme « un grand jour pour la démocratie irlandaise », les ténors de l'Union font grise mine. « Un coup grave à la construction européenne », selon le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini. « Lisbonne est mort », pour le chef du Parti travailliste, Eamon Gilmore.

« Cette décision, résume le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, n'est pas bonne pour l'Irlande, elle n'est pas bonne pour l'Europe. »

 

  LE FIGARO

Une seule solution

au non irlandais

 
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  Cela fait mal où ?: AP

L'éditorial de Pierre Rousselin du 14 juin.

La surprise qui a accueilli le non irlandais au traité de Lisbonne montre que les dirigeants européens n'ont guère appris la leçon de la crise ouverte il y a trois ans par les référendums en France et aux Pays-Bas.

Qu'il s'agisse d'un texte constitutionnel ou d'un traité réformateur, le résultat est le même. Les Irlandais ont beau être parmi les plus proeuropéens, il s'est trouvé une majorité pour rejeter une réforme des institutions jugée nécessaire par l'ensemble des dirigeants des Vingt-Sept. Pourquoi ? Parce qu'en Irlande, comme en France et sans doute ailleurs, il suffit de présenter un texte au suffrage des électeurs pour que l'addition des mécontents, aux motivations disparates et contradictoires, dépasse le nombre de ceux assez motivés pour aller voter en faveur d'un texte déjà approuvé par leurs élus.

Heureusement, l'Irlande est le seul pays dont la Constitution l'oblige à soumettre tout traité au vote populaire…

Dix-huit pays ont, à ce jour, ratifié le traité de Lisbonne. Puisqu'il serait peu démocratique que trois millions d'électeurs irlandais décident pour 450 millions d'Européens, la seule issue à la crise est de poursuivre le processus de ratification en espérant qu'il parviendra à réunir vingt-six pays sur vingt-sept.

Un nouveau texte, avec des amendements mineurs répondant aux inquiétudes irlandaises, peut être soumis à un second vote en Irlande. S'il est adopté, la crise ne sera plus qu'un incident de parcours et le traité de Lisbonne entrera en vigueur après quelques mois de retard. Le traité de Nice, rejeté par les Irlandais en 2001 avant d'être approuvé en 2002, moyennant quelques changements, offre un précédent qui justifie la manœuvre.

Mais pour qu'elle soit viable, il faut agir vite, dès le Conseil européen de la semaine prochaine. Une initiative franco-allemande est annoncée. Elle devra stopper tout effet boule de neige que le non irlandais pourrait avoir dans d'autres pays, tentés de remettre en cause leur ratification. Personnage clé de cette stratégie, le premier ministre britannique, Gordon Brown, a indiqué qu'il jouerait le jeu. Ainsi, l'Europe évitera de replonger dans la paralysie institutionnelle et la présidence française de l'Union pourra se dérouler sans trop de dégâts.

Il n'y a pas d'autre solution. Renégocier le traité de Lisbonne est hors de question. Il résulte déjà d'une renégociation laborieuse du texte abusivement nommé « constitution ». Les marchandages doivent avoir une fin.

Baisser les bras et continuer avec le traité de Nice n'est pas une option. Cela reviendrait à maintenir le statu quo, et notamment le règne de l'unanimité, une situation ingérable à vingt-sept et qui le sera encore plus après les prochains élargissements.

Tout remettre à plat est impossible : ce serait faire fi de dix années d'efforts pour sortir de l'impasse institutionnelle.

Pour que l'Europe suive son chemin, pour qu'elle puisse peser dans un monde en plein bouleversement, il va falloir dédramatiser le non irlandais et garder le cap sur les priorités de la politique européenne. Ce sera le défi de la présidence français

 

NDLR :


L'habitude des nantis et des gens qui se croient à l'abris de tout et de tous est de s'en foutre de la démocratie et de l'avis du peuple...du bas peuple...M.Roussin fait partie de ce lot. On s'en fout des Irlandais, des Français, des Polonais et des Hollandais, c'est notre pognon qui compte !



LE PARISIEN


Le traité européen peut-il s'appliquer sans les Irlandais ?

Non.
C'est une certitude : le traité rejeté hier par l'Irlande n'entrera pas en vigueur le 1er janvier 2009. Pour être applicable le traité de Lisbonne devait être impérativement ratifié par les 27 Etats membres de l'UE.

A ce jour 18 pays sur 27 ont dit oui (par voie parlementaire). Et plusieurs avaient d'ailleurs déjà ratifié le projet initial de Constitution européenne, rejeté par les Français et les Néerlandais en 2005...

Un nouveau référendum en Irlande est-il possible ?

En théorie, oui. Mais seule l'Irlande peut naturellement en décider. Ce ne serait pas la première fois que les Irlandais seraient appelés à revoter. La première version du traité de Nice avait été rejetée en juin 2001 avant d'être amendée (spécialement pour les Irlandais) et finalement adoptée par référendum lors d'un second vote en octobre 2002. Mais dans une Europe souvent critiquée pour son « déficit démocratique », faire revoter ne serait pas habile politiquement.

Un pays peut-il être exclu de l'Union ?

Non. C'est le comble des institutions européennes : aucune procédure n'existe à ce jour pour quitter volontairement l'UE, ou en être exclu. Ironie du sort : le traité de Lisbonne prévoyait justement une clause de sortie (article 50) qui aurait permis d'enclencher une procédure de retrait à la demande d'un ou plusieurs Etats. Faute de pouvoir être évincé de l'Europe, un pays peut en revanche être privé - temporairement - de certains de ses droits en cas de violation des valeurs et principes de l'UE (liberté, démocratie...). Une clause adoptée après l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite en Autriche dans les années 1990.

Le non irlandais va-t-il bloquer l'Europe ?

Non. En tous cas pas sur le plan juridique. En l'état actuel c'est le traité de Nice (2000) qui continuera à s'appliquer. L'article 51 de ce traité précise même que sa durée est « illimitée ». Toutes les grandes compétences de l'Union restent donc gravées dans le marbre : l'euro, la concurrence « libre et non faussée », la politique commerciale de l'Union, la politique de la pêche, l'union douanière, le marché unique... Mais sur le plan politique c'est une autre histoire car le traité de Nice est totalement inadapté à une Europe à 27 (bientôt 28 avec l'arrivée de la Croatie en 2010) et les problèmes restent entiers en terme d'efficacité et de capacité d'action.

Quels scénarios sont possibles ?

Il y en a trois. 1. Poursuivre le processus de ratification du traité jusqu'au bout - huit pays ne se sont pas encore prononcés - et forcer les Irlandais à revoter à plus ou moins longue échéance. 2. Renégocier le traité en proposant de nouvelles dérogations à Dublin... mais lesquelles ? En 1992, les Danois, après avoir dit non au traité de Maastricht, avaient obtenu de ne pas participer à l'euro ni à la politique de défense européenne. 3. Tourner la page institutionnelle (pour longtemps) et en rester au traité de Nice. Avec de lourdes conséquences : non seulement l'UE se privera d'avancées importantes (un président stable de l'UE, un « ministre » des affaires étrangères...) mais elle devra renoncer à légiférer dans de nombreux domaines : services publics européens, politique spatiale...

Publié dans Internationnal

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semper 22/06/2008 21:24

Il est aujourd'hui certain, que d'une manière ou d'une autre, avec des arrangements (type dessous de table à 3 millions de personnes votantes) ou des magouilles constitutionnelles et ou politiciennes et des pressions adéquates appliquées sur la population, l'Europe a l'intention de faire dire oui, à l'Irlande.
Cette simagrée, ce simulacre de ratification est au delà de la honte de l'élite Européenne prétendument démocrate.
L'économie a pris le pas sur les démocraties.